Genre : Théâtre contemporain
Auteur : Wajdi Mouawad
Localisation :
842 MOU (théâtre)
Info publiée le samedi 10 octobre 2009 par
"Vivre sans beauté enlaidit la beauté"
Sujet de dissertation :
"Assoiffés" : métaphore du désir d’écrire ?
Le mercredi 6 février 1991, à 7h30, Murdoch se réveille et se met à parler. Plus rien ne pourra l’arrêter, jusqu’à sa mort le soir.
"Non, je ne me tairai pas, c’est mon droit de parler, de m’exprimer, de dire des affaires, de les articuler et de les dire ! Mon droit ! Je m’appelle Sylvain Murdoch et parler relève de mon droit ! L’adjectif possessif mon n’est pas là innocemment, sacrament ! Je suis écœuré ! Comme si l’avenir était ma tombe !". Murdoch dit Fuck. Fuck à tout le monde.
Norvège est une jeune fille. Enfermée dans sa chambre, elle ne veut plus en sortir. Cela dure depuis trois jours. Elle hurle dès qu’on s’approche de la porte. Elle ne veut rien manger, elle ne veut rien boire. Elle veut voir monsieur Boltansky.
Mais c’est Boon qui vient la voir. Boon joue à monsieur Boltansky. Boon est anthropologue judiciaire. Il a connu Murdoch au lycée, et là il vient de retrouver son cadavre dans l’eau. Boon essaie de comprendre ce qui s’est passé. Pourquoi Murdoch s’est levé un jour avec cette envie de parler ? Pourquoi il est mort ? Qui est l’autre corps auquel il est enlacé comme deux amoureux ?
Pourquoi lui, le rêveur, a choisi ce métier ? Pourquoi n’a-t-il pas continué d’écrire ? Il avait pourtant un talent certain. Une écriture qui avait d’ailleurs touché au plus profond Murdoch. En effet, tout semble basculer quand Boon, ado, réalise un devoir sur la perception de la beauté. "J’allais écrire une pièce de théâtre qui allait bouleverser tout le monde, j’allais y mettre tout mon talent !". Et le personnage de cette pièce sera... Norvège. Ou plutôt, sa sortie de la chambre. Le secret terrifiant qu’elle renferme. Son implacable vérité. La beauté selon Boon. La beauté selon qui ?
Qui parle ? Est-ce vraiment Boon ? est-ce l’auteur ?
Pourquoi Murdoch se met-il à parler au personnage inventé par Boon ? Est-il possible que Norvège, parfaite métaphore de la beauté selon Boon, soit ce corps que Murdoch enlace ?
Et si toute cette histoire n’était qu’un prétexte de l’auteur pour évoquer le désir d’écrire ? Et si tout ceci n’était qu’un rêve ? Boon (ou bien était-ce l’auteur...) nous avait pourtant prévenus :
"On me traitait de "poète" et ce n’était pas très positif... en tout cas pas pour ma mère qui était bien plantée pour sa part et avait la claque assez solide pour me sortir de ce qu’elle appelait avec mépris mon "univers poétique"... ça me réveillait, mettons... en tout cas... pour ce qui est du "poète", disons plutôt que j’étais timide même si, c’est vrai, secrètement, je rêvais de devenir un auteur, je rêvais de donner vie à des personnages, inventer un monde pour faire voir ce qui n’existait pas".
Wajdi Mouawad est né en 1968 à Beyrouth au Liban, pays qu’il quitte à l’âge de huit ans avec sa famille pour émigrer d’abord en France puis au Québec en 1983. Cet homme de théâtre est à la fois auteur, comédien et metteur en scène.
Assoiffés a été créée au Québec le 12 octobre 2006, dans une mise en scène de Benoît Vermeulen. Simon Boudreault jouait Boon, Sharon Ibgui interprétait Norvège, et Benoît Landry Murdoch.
La pièce est étonnante. Cette réalité qui se mêle à la fiction donne le vertige. Il n’y a plus de temps, on ne sait plus qui est qui. Tout est métaphore. Le talent de Wajdi Mouawad transforme une sombre histoire de cadavre en histoire magique et poétique.
Une pièce sur le mal-être, l’adolescence, les choses "pas disables, pas racontables, pas même imaginables", la beauté dans la vie et la beauté dans les êtres, les rêves qu’on abandonne et dont le fantôme revient parfois, et ce désir d’écrire...